Quelques mots sur notre suite 2008 : "Les Mariés".
Après les 3 créations précédentes, "Les Géants" (2005), "Les Marins" (2006) et "Les Mendiants" (2007), qui composent notre spectacle d'1h30 "BREIZH SIDE STORIOU ", nous ne souhaitions plus écrire des chorégraphies sur des bases de confrontation entre des groupes clairement marqués (les Géants et les dominés, les marins et les bourgeois, les mendiants et les riches). Nous avions simplement envie de célébrer avec légèreté un évènement de manière festive…
 |
Mais célébrer quoi ? Nous nous sommes rapidement aperçus que nous n’avions pas besoin d’aller chercher très loin car certains moments anodins qui composent nos vies pouvaient être suffisamment forts pour mériter toute notre attention et... quoi de mieux qu'une rencontre amoureuse ?
Nous voulions partir d’un bout de vie ordinaire, sans rien exagérer ou parodier, et juste embellir et magnifier le quotidien, sans artifices ou inventions. Ayant le thème, nous avons construit le « scénario » en collaboration avec Serge DUIGOU et Annick FLEITOUR, qui nous avaient déjà aidés pour "Les Mendiants" (Serge est historien, Annick a écrit le livre consacré au groupe "Eostiged ar Stangala - 60 ans de passion" et tous deux sont de vrais puits de sciences pour tout ce qui concerne l'histoire des traditions bretonnes). Avec des rituels sud-cornouaillais aussi particuliers que le Baz Valan, l'armoire, le protocole des noces, etc., ils nous ont rapidement fourni de quoi alimenter notre imagination. |
La mise en scène s'est ensuite déroulée au cours de l'hiver et du printemps, simultanément avec le travail sur les spectacles de rue (la première a eu lieu le 1er mai Pleyber Christ) et le remontage de BREIZH SIDE STORIOU (la première de la saison a eu lieu le 17 mai). Et comme l'année dernière, Alain Meneust (Comédien et metteur en scène de théâtre) est intervenu en fin de préparation pour travailler les intentions et les attitudes.
Fabien Robbe s’est chargé de l'écriture musicale, en compagnie des musiciens de l'ensemble (Laurianne Lelias, Christian Sizorn, François Perennès, Antoine Crochemore, Hyacinthe le Hénaff), et a travaillé en amont afin que l'ambiance générale soit cohérente avec le thème. Faisant fi de quelques anachronismes (les danses du repas de noce se font par exemple sur des airs traditionnels certes, mais remodelés à la sauce "jazzy" qu'on affectionne particulièrement), nous nous sommes concentrés sur une transmission plus contemporaine des sentiments et des émotions ressenties en ces journées de grands mariages.
|
|
Quelques commentaires sur le spectacle ?
- Le choix des prénoms (Anne-Marie et Corentin) ne s'est pas fait par hasard car il s'agit des prénoms-titres d'un fameux tableau de Victor-Marie ROUSSIN "Les noces de Corentin GUERVEUR et d'Anne-Marie KERINVEL ", exposé au Musée des beaux-arts de Quimper.
 |
- Dès le 1er chant, lors du 1er mariage, celui où Corentin et Anne-Marie se rencontrent, la personne qui arrive en retard à la messe est la même qui arrive (encore !) en retard au mariage final... décidément.
- Le couple qui se marie au début du spectacle, que nous avons surnommé Catherine et Honoré, va réellement se marier à la fin de l’été 2008... Le clin d’œil était facile à faire !
- L'idée du chant du début est directement venue d'ARCADE FIRE (WAKE UP sur l'album FUNERAL ) bon... le rendu n'est pas tout à fait le même, mais comme on ne souhaite pas perdre de vue qu’on fait de la danse bretonne avant tout, il a fallu adapter, et c'est ce que Fabien Robbe a brillamment fait ici !
- La scène des battements de cœur précède celle du coup de foudre où on bascule dans la tête de nos 2 héros qui, supportés par leurs amis, se laissent aller au doux rêve du balcon... un couple + une rencontre… comment passer à côté de ce cliché Shakespearien. Même si Kerfeunteun n’est évidemment pas Vérone, c’était diablement tentant.
- Notre mariage se passe merveilleusement bien car l’union des 2 jeunes amoureux est finalement acceptée par les familles. Mais Serge DUIGOU nous précisait qu'en ces temps de mariages arrangés, ce n'était pas souvent le cas : fallait-il alors faire une histoire plus contrariée et moins "béni oui-oui" ? Ça aurait été certainement plus riche, mais en moins de 25 min (temps imparti), le déroulement de "l'intrigue" aurait été très difficile à rythmer et nous aurions eu du mal à bien dérouler l’ensemble. Nous avons donc opté pour la facilité de « la jolie histoire qui file gentiment ».
- Le Baz valan intervenait pour chaque mariage. Il était mendiant tailleur ou brodeur car, à l'inverse de la grande majorité de la population, ces 3 "professions" rentraient souvent chez les gens et pouvaient donc rapidement savoir quelles familles étaient de même rang et ainsi... autoriser ou non les mariages. Le jour où cette personne venait faire son office d'entremetteur, il se munissait de son bâton de genêt (baz valen en breton) et de chaussettes de couleurs différentes. Le voyant ainsi, chacun savait immédiatement pourquoi il venait. Nous avions donc le choix de la profession, mais vu le thème de l'année dernière, nous ne pouvions qu'honorer nos mendiants une dernière fois.
- L’armoire représentée est bien évidemment « d’inspiration » bretonne. Ayant fait le choix de ne pas faire du figuratif (il aurait fallu mettre en scène une vraie armoire !),Melen Sévère (le dessinateur des panneaux et des planches de BD de BREIZH SIDE STORIOU ) s’est chargé de représenter une armoire style cartoon, tout en formes, pour clairement montrer notre détachement de la réalité et insister sur la comédie de ce jeu entre les deux familles.
- Le rituel de l'armoire est jeu typiquement sud Cornouaillais (décrit, entre autres, dans « la galerie bretonne – la vie des bretons d’Armorique » d’Olivier PERRIN ). Il se faisait avec la famille proche des futurs mariés et se déroulait invariablement de la même façon : la famille de la mariée arrivait et frappait à la porte, sachant très bien quel accueil lui serait réservé car la famille du marié faisait alors mine de ne pas savoir de quoi il s'agissait et répondait que non, aucun mariage n'était prévu, qu'aucun garçon n'était à marier... etc. etc. L’armoire et la dot étaient alors refusées, puis acceptées, puis refusées, puis acceptées... Les discussions pouvant durer très tard dans la nuit.
- L'habillage se fait avec la fille d'honneur et le garçon d'honneur, qui avaient en charge l'organisation de la totalité des festivités. Cette journée était aussi importante pour eux que pour les mariés. Très impliqués et prenant leur rôle très au sérieux, leur réputation au sein de la communauté dépendait du succès de la fête.
- Le mariage d'Anne-Marie et Corentin précède bien sûr le repas et son éternel rôti, que les sonneurs accompagnaient pour l'occasion. En ces « temps maigres », les occasions de manger de la viande étaient très rares : on les savourait donc quand elles se présentaient.
- Le châtelain et la châtelaine étaient systématiquement conviés. En plus de ce couple, si nous avions voulu faire un tableau complet, il aurait fallu représenter aussi le maire (avec sa banderole) et bien sur le prêtre. Ne voulant pas multiplier les personnages secondaires, nous avons choisi de ne convier que les châtelains qui, même s’ils rechignaient parfois à le faire, savaient souvent parfaitement danser. De plus, en hommage à Victor-Marie ROUSSIN (l’auteur du tableau évoqué précédemment), la présence du châtelain s’imposait.
Voici la plaquette de présentation du spectacle distribuée au public... ceux qui veulent en savoir plus la lisent, ceux qui préfèrent découvrir, et bien... ils en font ce qu'ils veulent

|